Ariel Kenig interviews Lescop

 

 

 

AK
Tu parlais de quoi à l’instant?
L
Je sors d’interview. Je devais parler d’une obsession… J’avais choisi une photo d’Eugene Jacques Bullard, le premier pilote de chasse noir de l’histoire de l’aviation qui a combattu pendant la 1ère Guerre mondiale. L’histoire est un plaisir perso. J’ai grandi dans une famille assez secrète. J’ai un tempérament nostalgique. J’aime que les choses n’existent plus. Ça nous oblige à changer de regard. L’histoire est une bonne clef de lecture.

 

AK
Tu t’intéresses à quelles époques en particulier ?
L
La Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie, Jeanne d’Arc… Je viens d’une famille de militaires. J’ai vu beaucoup d’uniformes. Gamin, j’éprouvais une sorte de fascination même si je ne suis pas va-t’en-guerre. Ce que j’aime dans les fringues de militaires, c’est l’esthétique qui se dégage du fonctionnel. Un passant peut faire la valeur d’un bombers. On trouve même des pensées assez poétiques sur certains vêtements, comme sur des vestes de militaires américains : « I’ll go to heaven because I’ve spent my life in hell ». Ou des tigres brodés par des prostituées, qui ont quasiment un côté tatouage. J’aime aussi l’univers cuir et baston, les photos de Yan Morvan, le tatouage « souffre et tais-toi ».

 

AK
T’es tatoué ?
L
J’ai pas encore trouvé. Les bons tatouages disent quelque chose d’honteux. Quand tu te tatoues « pas de chance » sur le torse, tu fais pas ça pour frimer devant tes potes. J’aime quand ils sont chargés d’histoire, comme ceux du Capitaine Flint dans L’Île au trésor de Stevenson, avec le mystère qui entoure Billy Bones.

 

AK
Que s’est-il passé entre la fin du groupe Asyl et les débuts de Lescop ?
L
Pendant trois ans, j’ai beaucoup lu, j’ai regardé beaucoup de films, j’ai écrit. C’était intense. Pendant les périodes de recherche, tu t’empares du maximum de choses qui font appel à ta créativité. À la fin du groupe, j’étais un peu perdu, cassé. J’ai pris du temps pour me relever, pour me reconstruire. Je devais recouvrer la parole. J’avais perdu un langage adolescent.

 

AK
Cet esprit de recherche te manque, maintenant que l’album est sorti ?
L
Disons que tu prends de la distance. Tu t’es escrimé à sortir quelque chose que t’as voulu naturel. C’est comme le cul. Ceux qui en parlent le plus en mangent le moins. Je suis cérébral, pas intellectuel. J’ai un rapport physique aux choses. Je suis sanguin. À mon sens, une bonne œuvre fait appel au cerveau et au système nerveux. La Tentation de Saint-Antoine de Jérôme Bosch que j’ai pu voir à Lisbonne s’adresse à toi physiquement. C’en est effrayant. Tu as peur comme dans un film d’horreur.

 

AK
T’es un vrai bosseur?
L
Le travail technique n’est pas honteux. Je ne suis pas Thom Yorke, je ne suis pas un vrai chanteur, j’aurais préféré être plus doué, mais si t’as une vraie sensibilité, le boulot fait que t’y arrives. Tu chantes plus juste, tu vas plus loin, tu es plus créatif. Maintenant je suis capable de faire 40 ou 50 prises. Au début je ne faisais que du talk-over…

 

En tournée partout en France & Belgique jusqu’à l’été

 

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